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Les premières leçons du Vendée Globe

Sport Voile Les monocoques de dernière génération n’ont pas encore démontré une nette supériorité, même si l’un d’eux est en tête. Leur fragilité, elle, se confirme. Par Jean-Louis Le Touzet Publié le 26 novembre 2020 à 06h35 – Mis à jour le 26 novembre 2020 à 09h59 Temps de Lecture 5 min. Le leader du…

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Les premières leçons du Vendée Globe

On approche des trois premières semaines de course. Les monocoques de dernière génération n’ont pas encore démontré une nette supériorité, même si l’un d’eux est en tête. Leur fragilité, elle,…,

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Les monocoques de dernière génération n’ont pas encore démontré une nette supériorité, même si l’un d’eux est en tête. Leur fragilité, elle, se confirme.

Par Jean-Louis Le Touzet Publié le 26 novembre 2020 à 06h35 – Mis à jour le 26 novembre 2020 à 09h59

Temps de Lecture 5 min.

Le leader du Vendée Globe Charlie Dalin (Apivia) possédait, mercredi, plus de 80 milles nautiques d’avance sur Thomas Ruyant (LinkedOut), privé de son foil bâbord depuis mercredi matin.

Le Vendée Globe n’en est pas encore à trois semaines de course, mais c’est déjà l’heure d’un premier bilan. D’autant que plusieurs des favoris ont connu de sérieux « pépins », à l’image de Jérémie Beyou, Alex Thomson ou Thomas Ruyant.

Aucun bateau à foils, notamment de nouvelle génération, n’a démontré une saisissante supériorité. Ces bateaux devaient être les maîtres de cette édition et nourrir nos attentes de vitesses, sachant que, depuis deux ans, certains affichent, en baie bien souvent, des vitesses supérieures à 30 nœuds, avec, pour certains, des pics à 35.

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Les foilers, dans le Grand Sud, pourraient infirmer ce constat. Sachant que le Vendée Globe n’a rien d’une piste d’envol de 24 000 milles, il semblait acquis que ces pointes ne pourraient être établies que dans des conditions de mer « sans trop de vagues », comme le rappelle Sébastien Josse (trois Vendée Globe au compteur et aujourd’hui membre de l’écurie Corum de Nicolas Troussel) et par vent de travers.

Or, les conditions, hormis les heures suivant le départ, ne furent pas réunies pour atteindre ces vitesses théoriques. Très vite la situation météo s’est dégradée avec une première dépression le 11 novembre, obligeant les foilers à réduire, au risque de casser. Par la suite, la dépression tropicale Thêta n’ayant rien arrangé, la prudence dicta à ces mêmes foilers une descente de l’Atlantique vers le Pot au Noir pleine de mesure.

A l’exception d’Alex Thomson (Hugo-Boss), qui n’aurait pas, au fond, été lui-même s’il n’avait poussé son foiler dans la dépression. Avec, comme conséquence, de prendre la tête de la flotte mais aussi, hélas, de découvrir, samedi 21 novembre au large du Brésil, « une avarie structurelle » à la proue du bateau.

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« Le bateau est plus solide qu’avant »

Ses 48 heures en travers de la route pour réparer ont permis l’échappée du binôme Charlie Dalin (Apivia)-Thomas Ruyant (LinkedOut) qu’il contenait avec autorité jusque-là. Le marin de Gosport (Hampshire) avait-il des doutes sur la solidité de son bateau ? On peut le supposer puisqu’il avait embarqué des panneaux de carbone et un outillage complet de réparation.

Ainsi s’est-il filmé ponçant, coupant, boulonnant, collant des pièces de carbone fracturées à l’intérieur même de la coque : « Le bateau est plus solide qu’avant », a-t-il témoigné dans un message vidéo où il avait retrouvé le sourire, en route vers le contournement Ouest de l’anticyclone de Sainte-Hélène.

N’empêche que la réflexion de Thomson est glaçante sachant qu’Hugo-Boss n’a pas heurté d’objet flottant non identifié. Les foilers, contrairement aux bateaux à dérives droites, « ne sont pas des bateaux tout-terrain », comme le précise Sébastien Josse.

Le skippeur britannique, l’un des plus expérimentés de la flotte sur ce type de bateau, a-t-il été trahi par sa machine bourrée de capteurs ou l’aurait-il poussée jusqu’à la rupture ignorant les alarmes ? « Quand elles sonnent, c’est que la charge est trop forte. Et c’est souvent trop tard », avance Sébastien Josse. Ses propos recoupent ceux de Samuel Manuard : l’architecte de L’Occitane-en-Provence, bateau d’Armel Tripon, et ancien coureur au large explique « qu’en cas d’alarme on n’est pas très loin du cas critique ».

Une course à élimination

On le sait toutes les prétentions du départ se fracassent sur ce principe de réalité : le Vendée Globe est une course à élimination. Frappé par la casse, encore presque dans l’échauffement des premières 72 heures de course, Jérémie Beyou (Charal) ne pouvait même pas invoquer la pitié du ciel. Reparti des Sables-d’Olonne (Vendée) dix jours après le départ, ce dernier court, désormais, dans une course parallèle aux meilleurs.

De même qu’Armel Tripon. La rupture en tête de mât d’une pièce, qui retenait sa voile de gros temps, l’a plongé dans l’anonymat de la course. Un déclassement qui ne correspond ni à ses capacités ni à celles de son bateau innovant.

Au-devant de la course deux marins (Dalin et Ruyant) étaient sur le point, mercredi en journée, de s’échapper en direction du cap de Bonne-Espérance et vers le Grand Sud. Mais c’était avant que Thomas Ruyant (LinkedOut) n’avertisse dans l’après-midi son équipe d’une avarie de foil bâbord, une pièce de carbone de 250 kilos.

Cette avarie majeure va le pénaliser, sachant qu’une bonne partie de la route dans l’océan Indien et Pacifique se fera avec le vent venant de la droite : le bateau ne pourra pas se sustenter sur ce foil gauche amoché. Voire amputé. Quand les conditions le permettront, Thomas Ruyant devra découper à la disqueuse cette « lame » qui risque d’abîmer la coque.

Un avantage prépondérant pour Charlie Dalin

Avant que cette tuile ne compromette son combat avec Charlie Dalin, qui s’annonçait somptueux, ce dernier avait déjà creusé, lundi, un substantiel écart à la faveur d’une série d’empannages dans le vent médium.

Décidément, Ruyant accumule les ennuis, car il avait été ralenti, dimanche 22 novembre, et avait vu fondre le petit matelas qu’il s’était constitué dans la superbe descente des côtes brésiliennes : une drisse rompue a entraîné la chute du gennaker (grande voile d’avant) sur le pont, l’obligeant à monter en tête de mât.

Selon les routages, Charlie Dalin pourrait, dimanche, franchir le cap de Bonne-Espérance. Avec quelle avance sur ses poursuivants ? 500 milles ? Plus ? Une grosse journée de mer et un avantage prépondérant avant d’affronter ce long mois de navigation au pays des ombres.

Il y a quatre ans Thomson, privé de foil tribord, également dans la zone où Ruyant a connu la même perte, avait, malgré tout, réussi à fondre sur Armel Le Cléac’h. Jusqu’à lui disputer la victoire dans les dernières heures de course.

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La « jeune garde » démontre qu’elle sait faire du bateau

Tout comme on ne fait pas de la bonne littérature avec de bons sentiments – ni même des mauvais d’ailleurs –, on ne fait pas avec une bonne course avec une bonne communication. A ce propos, la « jeune garde », comme l’appelle Josse, ne dit pas grand-chose sur les ondes (et que dire d’ailleurs ?) mais démontre qu’elle sait faire du bateau.

Benjamin Dutreux (OMIA-Water Family), Damien Seguin (Apicil), Maxime Sorel (V-and-B-Mayenne) tracent un sillon qui éclaire la compétence. Tout comme celui de Kevin Escoffier (PRB).

Le Malouin Louis Burton, franc-tireur, démontre « qu’il en a dans les bottes », selon l’expression de Josse. Burton n’est pas l’homme des bandes organisées comme le confirme la route Ouest prise également par Alex Thomson, Samantha Davies, Boris Herrmann, Sébastien Simon et Yannick Bestaven, tous des foilers. Mais avaient-ils vraiment le choix ?

Par ailleurs, il est incontestable que l’auteur de premier plan de ce premier tiers de course reste le doyen de la faculté du large, Jean Le Cam. Sur un voilier ancienne génération. « Voilà ce que donnent l’intelligence et l’expérience », salue Samuel Manuard. Le roi du placement est au plus haut de son art. Le Cam appartient déjà à la légende. Le voilà dans celle du limier matois de 61 ans qui chasse avec un bateau de 2007.

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Jean-Louis Le Touzet

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