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La part de vérité du commandant en second de la garde présidentielle, Lang Tombong Tamba.

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La Commission vérité, réconciliation et réparations (Truth, reconciliation and reparations commission) installée suite au départ de Yaya Jammeh, a eu un client d’une autre dimension ce lundi 14 décembre. Le lieutenant général Lang Tombong Tamba était devant les commissaires et l’avocat principal pour parler du coup d’État de 1994, du putsch raté contre Yaya Jammeh en 2006, mais aussi de son implication dans le coup de force de 2009. Dans une tenue traditionnelle, l’ancien commandant en second de la garde présidentielle sous Dawda Jawara a accepté de revenir sur les événements de 1994 qui ont vu le dictateur Jammeh s’emparer du pouvoir à Banjul.

Le 22 juillet 1994, le président Jawara qui était à l’extérieur pendant 45 jours est enfin rentré en Gambie. Alors commandant adjoint de la garde présidentielle, Lang Tombong Tamba devait déployer ses hommes à l’aéroport. Deux jours plus tôt, le bruit courait comme quoi un coup d’État était en gestation. Il en parle à son supérieur, le capitaine Lamine Kaba Badjo. Toutes les dispositions sont prises selon son récit devant la TRRC pour empêcher un coup à l’aéroport. Ainsi, trois unités ont été préparées pour parer à tout imprévu. À l’aéroport, raconte le lieutenant général Tamba, il aperçut Yaya Jammeh qui était à l’époque le chef de la police militaire. « Il était armé, mais il était seul. Je m’attendais à ce qu’il soit avec ses hommes », fait remarquer le témoin qui rapporte une altercation entre Jammeh et des instructeurs nigérians qui étaient en liaison avec l’armée gambienne. « Ils l’ont désarmé et lui ont demandé de lever l’ancre, mais j’ai vu qu’il n’était pas parti », ajoute le lieutenant général Tamba.

Lorsqu’il est descendu de son avion, le président Jawara n’a pas eu droit au protocole habituel. Compte tenu des menaces qui pesaient sur sa sécurité, il a été mis dans son véhicule, direction la « State house ».

Arrivés au palais présidentiel, le président Jawara et le patron de la garde présidentielle tiennent une brève session dans son bureau avec Lang Tombong Tamba. Ce dernier confie avoir suggéré que le président passe la nuit chez lui car il n’était pas exclu que le coup d’État dont les premiers actes devaient être posés à l’aéroport soient actés au palais. Mais son conseil n’est pas suivi. Sur ces entrefaites, il demanda à rentrer chez lui pour se changer. Un congé qui n’a pas duré puisqu’il a été immédiatement rappelé par son supérieur qui a eu vent de bruits de bottes vers le palais. Une fois de retour à la State House, le lieutenant général Tamba affirme avoir arrêté un plan de riposte avec son supérieur, le capitaine Lamine Kaba Badjo. En même temps, il constate la présence de l’ambassadeur américain accompagné du vice-président de l’époque, Cheikhou Sabaly. « Ils se sont dirigés vers le bureau du président pour le persuader de quitter la State house », témoigne Tamba. Le sergent Sam Kambai rapportait lors de sa comparution devant la TRRC que le président Jawara ne voulait pas quitter le palais présidentiel et qu’il tenait à parler aux putschistes. Mais les américains l’ont convaincu de monter avec eux pour leur base navale. À en croire le témoignage de Lang Tombong Tamba, le chef de garde présidentielle a accompagné l’ancien chef de l’exécutif gambien à la base navale américaine avant de revenir à la maison d’etat. Mais il ne restera pas longtemps. « Il devait retourner voir comment aller le président Jawara », explique Tamba qui était de facto, l’unique patron à bord.

Ses hommes déjà placés dans les axes stratégiques, il devait juste attendre l’arrivée des putschistes. Divisés en deux groupes, ces derniers étaient conduits par Edward Signateh et Yaya Jammeh himself. Le groupe dirigé par Signateh qui a atteint la porte faisant face au marché demande à parler aux autorités. « De là où j’étais dans la salle de garde, je pouvais voir leur RPG qui se dirigeait vers notre direction. J’ai demandé à un de mes hommes, Bakary Kamara d’aller à la rencontre de Signateh et d’écouter ce qu’il à dire. Quand il est revenu, il m’a dit que Signateh voulait voir le président Jawara. Je lui ai fait parvenir que celui qu’il demandait n’était plus dans les parages. Nous avons continué à échanger via Bakary Kamara mais je constatais qu’à mesure que nous discutions, son effectif augmentait », détaille le témoin.

Il dément à ce propos avoir une seule fois parlé à Yaya Jammeh en joola. « Je n’ai pas bougé de ma position et le seul avec qui j’ai discuté, c’est Edward Signateh. Si vraiment je voulais parler à Jammeh, je lui aurais envoyé mon messager mais je ne l’ai pas fait », rétablit le lieutenant général Tamba.

Interpellé sur sa décision de se rendre avec ses hommes, il l’explique par la supériorité du camp en face en termes d’hommes, d’armes et de munitions. « À partir de ma position, je pouvais voir qu’ils étaient bien équipés avec des mitrailleuses sophistiquées, ils avaient des lance-roquettes. J’en ai conclu que nous ne pourrions pas faire face à une telle puissance de feu. Qui plus est, leur effectif pouvait continuellement se renforcer alors que le nôtre était réduit. Déjà des hommes qui étaient dans la tactique support group s’étaient joints à eux. Je ne pouvais pas sacrifier mes hommes », argue le témoin. Il prend le contrepied des témoins qui soutenaient que la garde présidentielle pouvait bien se défendre car elle était bien outillée. « Certes, on pouvait tuer certains d’entre eux mais je ne pouvais pas exposer mes hommes. Il y a de ces décisions, on ne les prend qu’en fonction de ce qu’exige le terrain. J’ai alors demandé à ce qu’on ouvre les portes pour laisser entrer Signateh, Jammeh et leurs hommes », assume-t-il.

À partir de là, la Gambie tourne le chapitre Dawda Jawara et s’ouvre celui de Yaya Jammeh qui ne partira qu’après 22 ans de règne fait de violations des droits du peuple gambien. 

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