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Economie

La Task Force Républicaine, une hérésie ?

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«En politique, rien n’arrive par hasard. A chaque fois qu’un événement survient, on peut être certain qu’il avait été prévu pour se dérouler ainsi ! » (Jessica Neo)
Ces derniers jours, un sujet revient immanquablement dans nos conversations entre camarades : l’Apr et sa communication décharnée, sans impact réel. La plupart des responsables politiques de la majorité se caractérisent par le manque de vitalité et la lenteur des réactions contre les griefs accumulés d’une opposition rendue finalement atrophiée. Il existe comme une sorte de bizarrerie politique dont on ignore encore l’origine, qui fait qu’en même temps que l’Etat du Sénégal fait d’innombrables efforts, les vociférations et gesticulations de l’opposition rendent quasi invisibles les réalisations du gouvernement. Est-ce par la force des détracteurs du pouvoir ou la faiblesse des arguments du camp du Président président de la République ? Nous avons fini de faire un pari sur le deuxième tableau de notre interrogation, afin de pouvoir assumer en toute responsabilité notre part de cette «bizarrerie». Il y en a eu pour tout le monde, et le Président Macky Sall a joué sa partition avec la mise en place d’un groupe composé de vingt (20) directeurs généraux, trois (3) députés et de sept (7) ministres, désignés désormais, pour porter la communication de l’Alliance pour la Répu­blique. C’est l’inauguration d’une ère nouvelle : la Task Force Républicaine (Tfr) est née.
Selon son coordonnateur Birame Faye, c’est «un cadre de réflexion, d’échange, d’animation politique et de formulation de propositions sur la conduite des affaires publiques et la vie du parti». Dès lors, il y a comme une sorte d’embrouillamini qui s’installe dans la tête de beaucoup de responsables qui avaient fini par attribuer cette même tâche à la Convergence des Cadres Républicains (Ccr) dont l’objectif principal demeure la vulgarisation de la vision du Chef chef de l’Etat, mais aussi lui servir de bouclier contre ses détracteurs. Il appert de cette situation, qu’on le veuille ou pas, une sorte de confusion de rôle pouvant mener à une léthargie de retour redoutée par nombre de responsables du parti à la base. Toutefois, si la Ccr joue bien son rôle, elle devrait pouvoir être le grenier de la Task Force Républicaine de l’Apr. Nous sommes donc invités à jeter les bases d’une franche collaboration entre ces deux structures, à l’effet d’éviter un clash suivi de dissidence de la part de certains cadres du parti dont la grogne se fait déjà entendre.
Il y a donc un besoin immense d’explication et de sensibilisation en direction de ceux-là mêmes qui jadis, se proposaient de porter, tant bien que mal, l’animation du parti. Toutefois, si l’on en juge par la réalité du terrain politique, la léthargie de la Ccr à la base, du fait de la faiblesse de son apport dans la motivation et la mobilisation des militants, peut bien justifier la mise en scelle d’une task force. Mais, la mission, à elle assignée, de prise en charge globale et entière de la communication politique et sociale de l’Alliance pour la République en tant que parti-moteur de la majorité présidentielle, ne signifie guère la mise à mort de la structure des cadres.
Cependant, notre conviction pour cet état de fait est que nous risquons de prendre l’ombre pour la proie dans cette croisade contre le manque d’informations des populations et la faiblesse de l’élan de vulgarisation des réalisations du gouvernement du Sénégal. En réalité, la Convergence des cadres républicains n’est pas seulement malade de son inertie programmée. Elle souffre aussi de son absence systématique dans un jeu favori de notre époque : la communication numérique. Sous ce rapport-là, son désormais clone, la Task Force Républicaine, est bien partie pour subir le même sort, car les mêmes symptômes annoncent toujours les mêmes maladies. Dès lors, nous sommes en droit de nous interroger sur le pronostic vital de la Tfr. Quelle efficacité pourrait avoir le «groupe des 30 de l’Alliance pour la République» sans une force digitale agressive à côté, et qui serait à la hauteur des défis politiques ?
L’Alliance pour la Répu­blique doit accepter d’être la fille de son époque en usant au mieux des outils et techniques de son temps. Cela souligne toute l’importance de la communication numérique et l’urgence de sa prise en compte à toutes les étapes de vulgarisation. Aussi, serait-ce profitable et avantageux à toute structure étatique de développer des stratégies facilitant la vulgarisation de ses actions par le biais des médias sociaux, numériques, Web, ou des applications mobiles, et cetera ? Celle-ci s’éloigne de la communication traditionnelle par son évolution constante en termes d’usages et de technologies, mais aussi par sa vitesse de pénétration des masses. Et comme le démontrent les chiffres, selon l’Artp au 31 décembre 2019, le Sénégal comptait 12 045 735 abonnés Internetinternet, dont 98,70% pour l’internet mobile, avec un taux de pénétration de 58,20 %. Et rien que pour Facebook, on dénombrait en juin 2019, pas moins de 3 171 000 utilisateurs, avec un taux de pénétration de 18,6 %. Compte tenu de l’importance de cette cible, il y a un potentiel énorme dont l’Etat pourrait tirer un bénéfice considérable, s’il arrivait, à travers une pédagogie toute nouvelle, à y adapter sa communication.
Qui plus est, dans un contexte où le Sénégal a fini de frapper à la porte du club très fermé des pays producteurs de pétrole et de gaz, il est d’une nécessité impérieuse de se doter d’un groupe d’élite, composé de génies de l’image et de la réalité virtuelle, pour accompagner la Task Force Républicaine. Désormais, réussir une bonne communication politique dans la durée, c’est d’abord mettre en place une véritable e-armée capable de rivaliser de talent avec la cyber-délinquance. L’objectif d’une telle branche de la Tfr serait de reprendre l’initiative de protection de notre e-réputation en tant que parti au pouvoir, en mettant en branle une véritable unité invisible avec des compétences informatiques, diverses et variées, capable d’attaques et de ripostes à la fois intelligentes et dissuasives, pouvant constituer un bouclier de protection et une soupape de sûreté pour les autorités de la République. Oui, parce que nous vivons l’ère du numérique et quiconque nous dira le contraire, nous aura endormi sciemment.
Le Sénégal regorge de talents pouvant compenser tout l’espace vide que la police prédictive n’a pu combler. L’Alliance pour la République a besoin de «soldats» capables de dresser un cyber bouclier efficace à la hauteur de n’importe quel sabotage dont elle peut éventuellement faire l’objet. C’est donc une exigence de gouvernance que de constituer cette e-armée suffisamment forte pour remporter toutes ces batailles virtuelles en perspective, afin que notre Etat puisse retrouver la maîtrise de son environnement numérique. Ce qui se déroule sous nos yeux est assez effarant pour que le Président président du parti ne fasse pas de cette e-armée la seconde jambe de la Task Force Républicaine, car elle mérite de survivre, au-delà des contingences et turpitudes de notre temps. L’illustration la plus banale et la plus accessible reste le montage d’images truquées tendant à la banalisation de l’autorité, par le biais de la désacralisation, et visant surtout à manipuler l’opinion. Ou bien alors, la mise en ligne de vidéos traduisant des mœurs totalement étrangères à la culture sénégalaise, tout en faisant croire qu’elles ont été prises dans une rue de notre capitale, avec le projet inavoué d’inciter à la désobéissance ou à la révolte. C’est donc cela la force de la communication digitale, en ce qu’elle permet de faire relayer facilement des messages, des valeurs ou encore des résultats destinés à pousser des internautes cibles à la réaction. L’amélioration de la visibilité des actions/ réalisations du Président président de la République intègre également cette démarche stratégique.
Nous l’avons dit, l’ère du numérique c’est aussi l’explosion quantitative des données. Nous produisons des quantités innommables de données stockées par les grandes multinationales du Web (les Gafam par exemple), et qui s’en servent autant qu’ils veulent, sans demander l’avis de qui que ce soit. Souvenons-nous du débat soulevé par «le scandale Cambridge Analytica/ Facebook», autour de l’arrivée de l’ex- pPrésident étasunien au pouvoir, mais aussi la victoire du Brexit en Angleterre. A l’origine du scandale, l’utilisation des données personnelles de centaines de millions de personnes pour influencer leur vote dans diverses élections à travers le monde. Nous savons maintenant l’importance de l’usage politique de tout ce que peuvent nous offrir la maîtrise de ces instruments numériques, en rapport avec les réseaux sociaux.
En dernière analyse, cette plateforme mise en place pour servir de bouclier au président Président Macky Sall est constituée de personnalités d’une combativité éprouvée, avec des profils divers capables de se prononcer sur n’importe quels sujets brûlants, agités sur la place publique. Elles n’attendent qu’à être briefées pour se lancer à l’assaut des détracteurs les plus redoutables. L’Alliance pour la République doit donc, aller au-delà d’une simple mise en place de structure dont la principale activité serait de mignarder le Président. Ne pas considérer le renforcement de la communication digitale au sein de la Task Force Répu­blicaine comme une urgence, reviendrait à confiner cette dernière dans le champ soigneusement laudatif de la flatterie industrielle, sans aucune efficacité.
Lamine Aysa FALL
Responsable Apr Thiès nord
lamineaysa@gmail.com

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