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Politique

Noël et le piano de Mbayezart (Par Adama Gaye)

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Ce n’est pas un sacré mais un tragique Noël. La fête n’eut pas lieu. Seul le fracas d’une capitulation l’a secouée par un feu d’artifice signant l’implosion d’une étoile humaine.

Tout ça par la faute de ce drôle de musicien qui est là, debout à côté de la chaise…musicale qu’il vient de quitter dans la précipitation, et dont le piano en zinc, qu’il travaille laborieusement, dégage des notes grinçantes, au plus grand malheur des spectateurs assis à la première rangée. 

Pauvres d’eux, qui étaient venus l’écouter dans l’espoir de le voir se produire dans ce qui était censé être sa répétition pour la messe de Noël mais se révèle n’être qu’un indigeste requiem, le sien.

Ce n’est, de toute évidence, à la manoeuvre, ni un Mozart, ni un Chopin encore moins un Bach. C’est un Mbayezart, c’est-à-dire du toc, qui se joue…Il est signé d’un musicien mutant, Cheikh Tidjart.

Plus que les notes qui grésillent, écorchant les oreilles malencontreusement situées alentour, ce sont ses refrains qui font mal. «J’ai renoncé à mes fonctions auprès du Président Idrissa Seck», soupire-t-il, ajoutant, benoitement : « j’avais accepté de le servir bénévolement».

Aussitôt dit, aussitôt la presse avale ses mots, pour en faire ses choux gras, confirmant son statut de championne dans la bouffe des mets malsains que lui débitent les politiciens de tous bords, dont celui-ci, politicard, surfant sur un patriotisme technocratique, se révèle en expert hors normes.

«Cheikh Tidiane Mbaye renonce à ses fonctions de conseiller du Président du Cese», s’enflamment, sans recul, les manchettes de journaux et autres sites internet.

Ce qui est une capitulation en rase campagne est ainsi présentée en démission, voire en acte de bravoure, le repli d’un type honorable soucieux de ne pas voir son nom être davantage sali par les tirs de barrage qu’il subit depuis l’annonce de son acceptation du poste que le plus tortueux transhumant terrestre (TTT), en la personne de Seck-Sa-Nguinar, lui avait tendu comme un piège. 

Il faut être incapable de discernement ou, pis, nanti d’une cupidité illimix, pour se laisser entraîner dans un tel traquenard. En s’y jetant poings et pieds liés, Cheikh Tidiane Mbaye a commis la plus fatale des fautes politiques, dans l’entendement des américains, en apparaissant comme un individu non doué de jugeotte. 

« Poor judgement », ce verdict a suffi a abréger bien des carrières aux Etats-Unis et on peut parier que son bref aller-retour au Cese fait de lui la première victime de ce délit au Sénégal. 

Sanction méritée pour celui qui a été incapable, depuis tant d’années, de reculer devant les sucettes et douceurs, jusqu’à ce moment fatidique. Il en est dès lors devenu le symbole d’un patient atteint d’une nouvelle maladie émergente, le diabète éthique, qui le réduit en pianiste livrant ses notes avec les pieds d’un cheval. Sous les yeux interdits de ses spectateurs à qui on avait dit qu’il était un génie.

Terrible chute. Le drame, pour lui, c’était de s’être imaginé qu’il était probablement plus intelligent que le monde entier en voulant nous faire croire qu’il voulait simplement offrir son talent à une cause institutionnelle, et, nous invitant à sécher nos larmes, pour saluer son sacerdoce puisqu’il allait le faire gratos, en somme gratuitement. 

Or, Paul Krugman, le Prix Nobel d’Economie, qui sait mieux, nous enseigne qu’en économie rien n’est donné sans compensation. «There is no free-lunch», assure-t-il, dans un langage on ne peut plus clair. Ce à quoi répond la voix, outre-tombe, de Lavoisier, qui nous a, lui, appris, que rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

En allant honteusement à la soupe, avant de se raviser tardivement, Cheikh Tidiane Mbaye n’en était cependant pas à son premier coup. Sous le magistère de l’ancien Président Abdoulaye Wade, malgré les milliards qu’il a engrangés à la Sonatel, principalement au service de la France, Mbaye avait tenté de faire en catimini des piges chèrement payées à la Senelec. 

Il s’en vit éjecter, suite à des frustrations qui l’avaient forcé à quitter son siège intenable, là-aussi, de Président du Conseil d’Administration de l’entité.

Le fait est que même s’il ne reçoit pas de salaire en intégrant le Cese ou la Senelec, l’insatiable Mbaye savait ce qu’il mijotait. 

Il était en effet assuré, peut-on penser, de se faire une place au…banquet, de renouveler son carnet d’adresses, de pouvoir causer avec les gens du pouvoir, y compris Macky Sall, sous couvert du Cese, et, qui sait, de décrocher des marchés pour ses propres businesses, sans compter le carburant, la voiture de luxe, le chauffeur, le téléphone gratuit, les billets première classe et les rendez-vous d’affaires sans frais sous les lambris de l’inutile mais coûteuse institution budgétivoire (selon son nouveau patron) ou, naguère, sous ceux de la sulfureuse Senelec. Mouss ba deh…

On susurre qu’en plus de ses émoluments à la Sonatel, il a quitté ses fonctions sous un parachute en diamant, avec, à la clé, la cession à son profit, me dit-on, de l’ancien siège de la boite. Sans oublier ses stock-options, sous forme d’actions lucratives qui lui rapportent des petits particulièrement rentables. 

Eh oh, qui ne sait pas aussi qu’en tant que patron de la Sonatel, il était louchement lié à une camarilla de dealers qui se chargeait, sous sa gouverne, de rafler, des commissions sur les nouveaux marchés internationaux où la société s’implantait ? 

Cas, pour ne citer que cet exemple, de la Sonatel en Guinée, où les A…. Ndiaye, en compagnie d’un grand dadais, fils de son père, et lui, furent à la manœuvre.

On pouvait dès lors s’attendre que Cheikh Tidiane Mbaye passe le reste de sa vie de jeune retraité entre ses allers à la mosquée et sa contribution personnelle sociale (CPS), selon un concept que je lance ici, en prenant position sur les enjeux qui travaillent notre pays. 

Hélàs, Monsieur est resté muet pendant que les jeunes migrants meurent sur nos côtes, que la France étend ses tentacules pour nous sevrer de notre souveraineté, que les actes de mal-gouvernance se multiplient dans tous les sens. Je pense savoir cependant qu’il a fourni une minable contribution de 150000 francs Cfa dans la lutte contre les inondations puisqu’il l’avait faite via mon numéro de…téléphone, au point de s’en excuser.

C’est dire combien c’est triste de voir quelqu’un comme lui se retrouver dans la posture de décliner des galimatias, du charabia, pour échapper à la colère contre l’indécence de son positionnement, au service de sa propre cause, qui l’a fait même accepter, ne fut-ce que du bout de lèvres, l’offre-piège d’un Idy en quête de compagnons dans son suicide politique.

On peut conclure que l’ancien gourou des télécommunications n’a pas réalisé que son seul mérite n’est pas d’être le plus brillant mais le fils d’un père ayant particulièrement veillé à l’ascension de ses enfants.

De son vivant, le grand journaliste Mame Less Dia, l’un de mes favoris, m’a raconté un jour, alors que nous partions à Paris, comment il avait fait reculer le juge Kéba Mbaye, en lui promettant de faire le procès de certains de ses plus proches protégés.

Cheikh Tidiane Mbaye avait une occasion en or de prouver que les efforts de son père n’étaient pas vains : en se montrant plus généreux dans le partage de son savoir avec des jeunes, dans les lycées, universités et entreprises, pressés de recevoir de vive voix des leçons de leadership, ou de leur offrir un don de soi, par un appui financier à de moins chanceux que lui, au moyen de l’attribution de « bourses d’études Cheikh Tidiane Mbaye » voire de l’instauration d’une chaire d’études en télécommunications ou management dans l’une de nos grandes institutions d’enseignement.

Tout ce qu’il a trouvé à faire, c’était de s’associer, tacitement ou ouvertement, à ce deal politique de la honte qui porte au fromage Cese le dealer qu’il était prêt à accompagner. Pendant que d’autres mènaient le combat pour le pays, lui se faufilait pour en prendre les premières loges. 

C’est plus que déshonorant pour un homme qu’on n’a jamais vu dans aucune marche pour aucune cause ni se montrer courageux ou disponible pour élever la voix face aux torts faits à la constitution, au peuple ou aux individus…Se servir rek, semble être son leitmotiv.

Sa chute était inéluctable. Las, le voici donc, dos courbé comme celui d’un bossu, tête basse, quittant la scène, sous les quolibets d’un peuple sénégalais qui en a ras-le-bol de ces individus qui sont prêts à tout pour avoir une place au banquet. Egoïstes, incapables de laisser à d’autres le soin de jouer leur partition.

Voilà pourquoi, en cette veille de Noël, Mbayezart a déjà réussi le tour de force d’écoeurer tous les mélomanes qui s’attendaient à un festival de douce musique classique. Son piano en zinc a tué la fête. Tous savent désormais qu’il n’a comme viatique que le concept infâmant du servir à la première personne du singulier : je me sers. Pauvre de lui….Ciao, amigo, en espèrant que ta faute fatale servira de leçon aux calculateurs et situationnistes guettant l’occasion de tirer les marrons du feu. Gare à eux !

Adama Gaye, le Caire, 24 décembre 2020.