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Politique

« Boubacar Sèye est tombé dans l’amalgame, il faudrait qu’il assume ses propos »

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L’affaire Boubacar Seye continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive. L’ancien directeur général des Sénégalais de l’extérieur, Sorry Kaba, est sorti de sa réserve pour tirer à boulets rouges sur le président de « Horizons sans frontières». Dans cet entretien accordé à «L’As», le candidat à la mairie de Fatick accuse Boubacar Sèye d’être tombé dans l’amalgame en s’avançant sur un terrain qu’il ne maîtrise pas. Par conséquent, il devra en assumer les conséquences. Déclinant par ailleurs ses ambitions pour la commune de Fatick, il se dit prête à faire face à tout obstacle qui se dressera devant lui.

Selon Boubacar Sèye, l’Union Européenne a alloué 118 milliards à l’Etat du Sénégal dans le cadre de la lutte contre l’émigration clandestine. Pouvez-vous nous parler de la destination de cette énorme manne financière, vous qui avez été directeur général des Sénégalais de l’Extérieur ?

En 2015, lors du sommet de la Valette sur la migration irrégulière et ses conséquences, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Européenne ainsi que ceux de l’Afrique ont mis en place un Fonds fiduciaire qui, en son temps, était de 1,8 milliard d’euros. L’objectif de ce fonds était d’accompagner les pays émetteurs de migrants à promouvoir les programmes ou projets qui retiennent les jeunes dans leur territoire de départ et de renforcer le dispositif Frontex pour mieux contrôler les voies maritimes. Il s’agissait aussi de renforcer l’ensemble des axes de coopération entre l’Union Européenne et ses partenaires au développement. C’est sur ce dernier point-là qu’il y a eu amalgame parce que, l’Union Européenne, au-delà des questions de migration, a orienté l’ensemble de ses actions de coopération, y compris la migration vers son Fonds fiduciaire. Et ce fonds ne finançait pas exclusivement la migration. Donc, s’il y a autant de milliards mobilisés par l’UE pour le Sénégal, cela ne concerne pas exclusivement la migration. Et c’est là où s’est trompé Boubacar Sèye. En 2016, quand nous avons fini d’élaborer notre stratégie opérationnelle, juste au lendemain du sommet de la Valette, nous avons introduit une requête au niveau de l’UE qui se fondait sur le Pse et qui tournait autour de 33 millions d’Euros à peu près. Nous avons eu une réponse favorable de l’UE et qui tournait autour de 31 millions d’Euros. la requête concernait trois composantes. La première est axée sur le renforcement des questions de migration et la gouvernance migratoire au Sénégal. Et là l’opérateur de mise en œuvre était la Coopération Espagnole qui s’était engagée à décaisser 9 millions d’euros à peu près. La deuxième composante était axée sur l’assistance et le retour à la réintégration des compatriotes qui sont rapatriés sur le territoire sénégalais ; et l’opérateur de mise en œuvre était l’Organisation Internationale pour les Migrations (Oim) avec environ 7 millions d’euros. Et enfin la dernière composante constitue l’accompagnement pour l’investissement politique de la diaspora avec l’Agence Française de Développement (Afd) qui venait renforcer le programme que le gouvernement du Sénégal avait mis en œuvre dans le cadre du Pausd. Ce programme d’accompagnement et de solidarité, initié par le gouvernement du Sénégal en relation avec la France, devait intégrer le dispositif. Donc, ce sont ces trois composantes qui ont été financées à hauteur de 31 millions d’euros. Maintenant, il y a d’autres financements qui concernaient la nutrition, l’agriculture, le projet «Tekki Fi Tey» (Ndlr, réussir ici aujourd’hui). Donc si on doit parler de brut financier mobilisé par l’UE pour accompagner la migration, il faudrait qu’on y aille doucement et ne pas faire dans l’amalgame. Malheureusement, Boubacar Sèye est tombé dans l’amalgame, il faudrait qu’il assume ses propos.

Cela mérite-t-il qu’il soit incarcéré ?

Là, on est sur le subjectif ! Quand une opinion est émise et qu’elle porte atteinte à la crédibilité de l’Etat du Sénégal, on est en face d’une atteinte à une image et à l’honneur. Surtout que la diaspora sénégalaise compte sur l’Etat du Sénégal, donc il ne faudrait pas qu’on cherche à la manipuler en véhiculant de fausses informations et en faisant dans la manipulation. Sous ce rapport, il faut qu’il se justifie pour que l’opinion sénégalaise et la diaspora puissent savoir la vérité. Ainsi, chacun saura exactement ce qui s’est réellement passé et qu’il n’y a pas eu détournement de fonds ni d’objectifs. Qui plus est, les volumes annoncés n’étaient pas vrais.

Lors du dernier conseil des ministres, le Président Macky Sall a demandé un rapport détaillé de ces fonds. Votre commentaire ?

C’est une excellente chose. Cela veut dire que nous avons un Président sensible aux opinions émises ça et là. Un gouvernement, c’est un tout. Quand une Direction générale comme celle des Sénégalais de l’Extérieur qui est sous la coupe réglée du ministre des Affaires Etrangères introduit une requête au niveau de l’UE pour permettre au Bureau d’Accueil d’Orientation et de Synergie des Sénégalais de l’Extérieur d’être opérationnel, pour permettre aux Sénégalais dans le besoin d’être accompagnés au retour et d’être réintégrés sur plan économique et social, pour permettre également à la diaspora de bénéficier de l’accompagnement pour un investissement productif au Sénégal le président de la République doit pouvoir en avoir le cœur net. Il est évident que les rapports qui lui passent sous les yeux sont nombreux. Par conséquent, c’est normal qu’il demande qu’on lui fasse le point pour comprendre exactement de quoi il s’agit. Je dois rappeler qu’il était le président en exercice de la Cedeao au sommet de la Valette tenu les 11 et 12 novembre 2015. Ce jour-là, son discours a été clair puisqu’il a déclaré, je le cite :« Nous voulons que nos migrants soient traités avec dignité, nous n’accepterons pas des accords de réadmission». Donc, il sait à priori qu’il y a eu un accompagnement financier.

Depuis votre départ de la Direction générale des Sénégalais de l’Extérieur, vous vous faites rare dans l’espace public. Qu’est-ce qui explique votre mutisme ?

Je ne me suis pas fait rare dans l’espace public. Mais, peut-être que la stratégie a changé. Toute modestie mise à part, je décline aujourd’hui beaucoup d’interviews ou d’invitations, car je pense que je dois maintenant choisir les moments pour communiquer. Sous ce rapport, tout doit s’inscrire dans un plan d’activités conformément avec l’ensemble de mes collaborateurs au niveau national et local. L’agenda sur lequel nous travaillons nous permettra de mobiliser l’ensemble des Fatickois sans exception autour du développement de Fatick. Au-delà de Fatick, la même chose devra se faire au niveau national. Qu’on soit aux affaires ou en dehors des affaires, on peut toujours être utile à son pays.

Pour vous être ouvertement prononcé contre un 3e mandat pour le Président Macky Sall, vous avez été débarqué de votre poste. Si c’était à refaire, auriez-vous tenu le même discours ?

Évidemment ! C’est une question de conviction. Dans la vie des êtres humains, la chose qui se mesure le mieux, c’est la conviction. Je suis un homme de conviction qui se bat sur des principes, mais pas sur des questions de personne. Sous ce rapport, je reste convaincu par rapport à mes principes politiques.

En tant que militant l’alliance pour la République, que pensez-vous du fonctionnement de l’Apr avec les départs notés et les querelles répétitives ?

J’aurais bien voulu que l’Apr soit le parti le mieux organisé du Sénégal, il est évident que je souhaite que ce soit le parti le plus performant et le mieux animé avec des militants très bien formés, disciplinés et qui se projettent mieux vers l’avenir et non pas sur la base du responsable qui dirige. De ce point de vue, je pense qu’il y a beaucoup à faire. Pour que l’Apr soit une véritable machine électorale, il y a un gros travail à accomplir. Et je continuerai toujours de me battre pour qu’il arrive à ce stade.

Quelles sont vos ambitions pour Fatick ?

Mes ambitions pour Fatick vont au-delà de l’action politique. C’est plutôt même une action citoyenne. Ce qui veut dire que même si j’arrête la politique, je continuerai à me battre pour le développement de Fatick. Donc, je me mets dans une perspective beaucoup plus lointaine que les perspectives de personnes. Car, quand on dévoile une ambition pour une ville, on a tendance à considérer que c’est dirigé contre quelqu’un. Les ambitions que j’ai pour Fatick concernent le développement de la ville. Maintenant, ceux qui ont une vision courte vont penser que nos ambitions sont dirigées contre eux. Mais, cela ne nous empêchera pas d’avancer. S’il faut même passer sur eux, on passera sur eux.

Iriez-vous jusqu’à briguer la mairie de Fatick ?

Mais, bien évidemment ! Car, la mairie c’est un instrument, un pouvoir local qui donne la possibilité de planifier et de répondre aux aspirations des populations locales. Ces instruments doivent s’appuyer sur des ressources humaines de qualité. Malheureusement, ce n’est pas ce que l’on constate aujourd’hui. A Fatick, le pouvoir local ne s’appuie pas sur des personnes de qualité. Conséquence, ça tourne en rond. Il faudrait un changement local pour que nous puissions arriver aux résultats attendus. Toute l’équipe municipale a montré suffisamment ses limites. Par conséquent, les Fatickois doivent se mobiliser pour le développement de leur terroir. Ma seule préoccupation, c’est le développement de Fatick.

L’AS