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Planter, détruire, replanter: guerre d’usure entre Israéliens et bédouins dans le Jourdain

« Les militaires sont venus ici il y a 30 minutes et nous ont dit qu’il fallait repartir », soupire la Palestinienne Fadwa, devant un enclos de bétail détruit et un panneau solaire fracassé en une mosaïque d’éclats de verre par l’armée israélienne. De vastes champs labourés, clairsemés des premiers brins d’herbe verdoyante de février, dominent l’horizon…

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Planter, détruire, replanter: guerre d’usure entre Israéliens et bédouins dans le Jourdain

« Les militaires sont venus ici il y a 30 minutes et nous ont dit qu’il fallait repartir », soupire la Palestinienne Fadwa, devant un enclos de bétail détruit et un panneau solaire fracassé en une mosaïque d’éclats de verre par l’armée israélienne.

De vastes champs labourés, clairsemés des premiers brins d’herbe verdoyante de février, dominent l’horizon du nord de la vallée du Jourdain où se trouvent des campements bédouins aux tentes immaculées.

Mais sous le calme enchanteur des vallons et les « cui-cui » des oiseaux couve un conflit sur l’avenir de la Cisjordanie occupée.

L’armée israélienne a lancé en novembre des pelles mécaniques à l’assaut des tentes plantées à Khumsa al-Baqa, un village improvisé d’une dizaine de familles bédouines jugé « illégal » par Israël.

Depuis, les bédouins ont remonté des tentes. L’armée a redémoli. Les bédouins ont replanté. L’armée a encore redémoli…

« Nous avons peur qu’ils reviennent encore pour tout détruire », lance Fadwa, qui vient de recevoir la visite de soldats pendant que son mari, Abou Awad, barbe charbonneuse et keffieh, était ailleurs dans la vallée.

– « Zone militaire fermée » –

Dès l’arrivée de l’AFP dans le campement où se trouvait Abou Awad, deux voitures de l’armée israélienne ont surgi et des soldats armés en sont descendus.

« Vous êtes dans une zone militaire fermée, vous n’avez pas le droit d’être ici. Nous allons confisquer vos voitures », a lancé un militaire.

Pourtant, en circulant au milieu des champs, rien n’indiquait clairement que ce secteur était « zone militaire ».

Un résident réagit au moment où les forces israéliennes démolissent des tentes de Bédouins dans le village de Touba, en Cisjordanie occupée, le 8 février 2021
 (AFP - JAAFAR ASHTIYEH)

Un résident réagit au moment où les forces israéliennes démolissent des tentes de Bédouins dans le village de Touba, en Cisjordanie occupée, le 8 février 2021
(AFP – JAAFAR ASHTIYEH)

Après des négociations, les véhicules seront ramenés au loin, et le trajet jusqu’aux tentes se fera à pied.

Bande de terre stratégique qui s’étire du lac de Tibériade à la mer Morte, la vallée du Jourdain est située pour l’essentiel dans la « Zone C » de Cisjordanie, un secteur contrôlé par Israël qui a pour projet de l’annexer.

Pour construire une structure dans la vallée, les Palestiniens doivent obtenir une autorisation de l’armée. Mais les bédouins disent vivre sur ces terres depuis bien avant l’occupation israélienne, à partir de 1967, et donc ne pas avoir besoin de permis.

Ces derniers mois, l’armée a poussé les bédouins de Khumsa al-Baqa à quitter leur emplacement en affirmant qu’il était situé dans une « zone militaire fermée ». Mais, pour Abou Awad, c’est un prétexte pour chasser les Palestiniens.

« Ce n’est pas vraiment une zone militaire. Nous sommes ici et les militaires s’entraînent beaucoup plus loin », assure l’homme assis à même l’herbe, dégustant une salade et du fromage frais au lait de brebis. « Ces terres sont à nous. Les soldats viennent ici en envahisseurs mais nous ne partirons pas. »

– Rempart à la colonisation –

Les soldats partis, deux autres Israéliens entrent en scène ce jour-là: Buma et Shoshi. Le premier a perdu son fils au Liban pendant l’occupation israélienne, le second est un ancien de l’armée de l’air.

Ils apportent jouets et vêtements neufs pour les enfants qui s’amusent au loin, sur une butte de terre.

« Nous apportons aussi des bâches de nylon imperméables pour protéger les tentes mais, comme il y avait des soldats ici, nous les avons laissées ailleurs » dans la vallée, explique Shoshi d’un sourire espiègle. « Les bédouins vont les récupérer la nuit et les rapportent au campement à dos d’âne », dit-il.

L’armée israélienne et les bédouins jouent ainsi au chat et à la souris dans ce secteur.

Des soldats israéliens démolissent des tentes de Bédouins dans le village de Touba, en Cisjordanie occupée, le 8 février 2021
 (AFP - JAAFAR ASHTIYEH)

Des soldats israéliens démolissent des tentes de Bédouins dans le village de Touba, en Cisjordanie occupée, le 8 février 2021
(AFP – JAAFAR ASHTIYEH)

Les militaires détruisent tentes, panneaux solaires et enclos à bétail. Les bédouins, aidés par des donateurs et par l’Autorité palestinienne, dissimulent du matériel pour remonter rapidement les camps après leur destruction.

A Khumsa al-Baqa, les familles bédouines disent jouer le rôle de rempart contre la colonisation de la vallée par Israël, qui compte déjà plus de 475.000 colons dans l’ensemble de la Cisjordanie.

« Israël veut que les Palestiniens quittent ces terres pour y amener (…) des colons », affirme Muataz Basharat, haut responsable de l’Autorité palestinienne en visite sur place.

« Nous défendons nos terres. Notre arme ici, c’est leur présence », dit-il, en référence à Abou Awad et à Abou Freij, un autre bédouin qui enchaîne les cigarettes assis à même le sol, en attendant la prochaine visite de l’armée…. deux jours plus tard. Pour détruire à nouveau des tentes.

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