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Politique

l’affaire Chebeya-Bazana de retour devant la justice

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Le procès en appel de deux membres du commando qui a tué le défenseur des droits de l’homme et son chauffeur s’est ouvert ce mercredi 22 septembre. 

Pendant six ans, les parties civiles ont attendu que le dossier rebondisse. Ce mercredi 22 septembre, un nouveau procès en appel s’est ouvert à Kinshasa dans l’affaire de l’assassinat du célèbre défenseur des droits de l’homme Floribert Chebeya et de son collègue Fidèle Bazana, le 1er juin 2010. L’audience publique, qui s’est déroulée à la prison militaire de Ndolo, avait été convoquée par la Haute cour militaire la veille, en réponse à l’appel interjeté par deux protagonistes de l’affaire : le major Christian Ngoy Kenga Kenga et le sous-commissaire adjoint Jacques Mugabo.

Lors du procès en premier instance, en juin 2011, ces deux policiers avaient été condamnés à mort par contumace, tout comme le major Paul Mwilambwe, toujours en fuite, et le colonel Daniel Mukalay, seul haut gradé alors présent sur le banc des accusés. À l’issue de la procédure en appel, en 2015, ce dernier a vu sa sentence commuée en une peine de quinze ans de prison.

Très critiquées, notamment par les familles des deux victimes, ces deux procédures s’étaient déroulées en l’absence de nombreux suspects, pour la plupart en cavale à cette époque – dont John Numbi. Le patron de la police congolaise, avec lequel Chebeya avait rendez-vous le soir du meurtre, n’avait comparu qu’en première instance et sous le statut de simple témoin. Depuis plus de dix ans, il est considéré par les parties civiles comme le principal commanditaire de l’assassinat.

Renvoyé au 6 octobre
Le procès qui s’est ouvert ce mercredi est donc la poursuite, pour Christian Ngoy Kenga Kenga et Jacques Mugabo, de la procédure entamée en 2011. Selon l’un des avocats des parties civiles, maître Richard Bondo, présent à l’audience, Christian Ngoy Kenga Kenga a refusé de venir à la barre et de faire des déclarations devant la cour, car il n’était pas assisté d’un avocat. « Il a aussi demandé que son rôle au service de l’État depuis qu’il a rejoint l’armée soit reconnu », poursuit l’avocat des familles Chebeya et Bazana. Jacques Mugabo attend lui aussi d’avoir un avocat. L’affaire a donc été renvoyée au 6 octobre.

Paul Mwilambwe, l’autre condamné à mort par contumace dans le procès en première instance, vit pour toujours en exil. Premier à avoir brisé le silence autour de cette affaire, en 2012, il réside actuellement en Belgique, après être passé par le Sénégal. « Nous allons faire une requête à la cour pour demander son extradition », assure à Jeune Afrique maître Richard Bondo. Contacté par le magazine, Mwilambwe dit n’attendre « que son acquittement ». Et d’expliquer : « J’ai été sollicité, par le biais de la Monusco au début de l’année pour rentrer au pays et témoigner, mais je considère que ma sécurité sur place n’est pas garantie. »

Onze ans après le meurtre de l’emblématique patron de l’ONG la Voix des sans voix et de son collègue et chauffeur, cette nouvelle procédure judiciaire va-t-elle permettre d’en savoir plus sur le déroulement de cette macabre soirée du 1er juin 2010 ?

Nouveaux témoins
Si l’affaire rebondit à nouveau six ans après, c’est avant tout grâce aux nombreuses avancées survenues au cours de ces derniers mois. En juillet 2020, le général quatre étoiles John Numbi – inspecteur général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) visé depuis 2016 par des sanctions internationales – est écarté de son poste et laissé sans nouvelle affectation.

Rentré dans sa ferme de Lubumbashi, il assiste quelques semaines plus tard à l’arrestation du major Christian Ngoy Kenga Kenga, interpellé dans la capitale du Haut-Katanga sur la base d’un mandat de la justice militaire. Proche collaborateur de Numbi depuis plusieurs années, il est soupçonné d’être le chef du commando qui a tué Floribert Chebeya et Fidèle Bazana.

En février dernier, c’est un autre membre présumé de ce commando, le policier Jacques Mugabo, qui a été arrêté, tout comme le brigadier-chef Doudou Ilunga, interpellé le 24 août. Les trois hommes ont en commun d’avoir été interpellés à Lubumbashi, où plusieurs membres du commando auraient été exfiltrés après le meurtre. Ils appartiennent  surtout au redoutable bataillon Simba, sorte de police dans la police aux ordres de Numbi, dont Christian Ngoy Kenga Kenga était le commandant.

Outre ces arrestations, l’attention autour de ce dossier a surtout été relancée par les témoignages de trois policiers en exil, Hergil Ilunga, Alain Kayeye Longwa d’abord, puis Erick Kibumbe Banza, dit Saddam. Ils ont, pour la première fois, reconnu leur participation au double assassinat.

L’ombre de John Numbi
Reste qu’en dépit des avancées, des nouveaux témoignages et de cette nouvelle procédure, il est difficile pour les parties civiles de ne pas penser au principal absent de cette audience, celui qu’elles considèrent comme le commanditaire majeur du crime : le général John Numbi. Proche de Kabila, qu’il connaît depuis son passage dans l’AFDL, le puissant général est présenté depuis le début de l’affaire comme le cerveau de l’opération. Il a été directement mis en cause par les policiers qui ont témoigné en exil, mais il n’avait jusque-là pas été directement poursuivi dans ce dossier.

Retranché pendant des mois dans sa ferme de la périphérie lushoise, où il fait depuis plusieurs années des affaires dans différents domaines, John Numbi a finalement quitté la RDC fin mars. Des sources sécuritaires congolaises assurent qu’il est passé par le Zimbabwe mais il demeure introuvable, alors qu’il est officiellement poursuivi par la justice militaire pour « association de malfaiteurs » et « assassinat de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana » depuis le 14 avril 2021. Les enquêtes le concernant ont été bouclées par l’auditorat militaire et l’affaire renvoyée au niveau de la Haute cour militaire.

« Nous attendons désormais d’être notifiés mais encore faudrait-il que des démarches soient entreprises pour savoir où il se trouve », s’inquiète maître Bondo. « La réouverture du procès nous redonne un peu d’espoir mais nous attendons surtout que tous les membres du commando comparaissent enfin. Nous avons déjà connu beaucoup de déceptions dans cette affaire. Cette fois nous voulons voir Numbi et les autres à la barre », a commenté Annie Chebeya, la veuve de Floribert Chebeya, depuis le Canada, où elle réside.

Source : JEUNE AFRIQUE 

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