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Les coéquipiers de Neymar ont dominé des Sud-Coréens trop naïfs (4-1), avec un jeu qui a insufflé de la magie dans l’enceinte du stade 974 de Doha.

 Vinicius Junior (2e à gauche) célèbre son but avec Lucas Paqueta, Rafinha et Neymar lors la victoire 4-1 du Brésil contre la Corée du Sud en huitièmes de finale de la Coupe du monde, au stade 974 de Doha, le 5 décembre 2022.

Paulo Bento va et vient entre son banc de touche et le bord du terrain. Le sélectionneur de l’équipe sud-coréenne ne sait plus trop s’il doit hurler ses consignes avec quelques mots d’anglais ou choisir le silence. En seconde période, le Portugais ne s’agite plus. Il n’a plus grand-chose à espérer. Quand Paik Seungho envoie une frappe sèche dans les filets brésiliens (76e), le sélectionneur garde les mains dans les poches pendant que ses assistants fêtent ce but de l’honneur, celui d’une équipe éliminée par plus forte qu’elle, même si les Sud-Coréens n’ont pas démérité.

« Si nous jouions une série de matchs, le Brésil serait toujours vainqueur, mais sur un seul match, nous avons nos chances », avait tenté de vendre Bento lors de la conférence de presse de la veille. En réalité, sa Corée du Sud n’a jamais eu sa chance lors de ce huitième de finale, ce lundi 5 décembre au stade 974 de Doha, battue 4-1 par un Brésil en démonstration, du moins en première mi-temps. La faute à un premier but trop tôt encaissé (Vinicius, 7e), au talent d’un adversaire aussi cabot que génial, au retour d’un Neymar étincelant avant de finir au petit trot. La faute aussi à cette logique des Continents, celle qui veut que les quarts de finale d’une Coupe du monde restent un club fermé tenu par des Européens avec le Brésil et l’Argentine en invités permanents. A moins que le Maroc ne batte l’Espagne mardi, dynamitant les certitudes.

Mais le temps des surprises semble s’être évaporé avec la fin du premier tour. « La défaite est juste, nous devons féliciter le Brésil, ils étaient meilleurs que nous », reconnaît Paulo Bento avant d’annoncer son départ après quatre ans à la tête des Taegeuk Warriors, « fier du travail accompli et de notre Mondial. » Sur la défaite du soir, le démissionnaire regrette un peu les largesses offertes par ses joueurs. Bento aurait aimé voir son équipe défendre plus bas, moins se livrer et offrir des espaces larges comme le périphérique de Doha.

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Les Brésiliens n’en demandaient pas tant, motivés à l’idée de donner un peu de bonheur et de réconfort à Pelé, « roi » alité et qui a fait savoir qu’il suivait la rencontre depuis l’hôpital. Le triple champion du monde a dû apprécier la maîtrise de Neymar pour transformer le pénalty (accordé par l’arbitre français Clément Turpin, 13e) et surtout ce troisième but. On ne sait pas si c’était le Brésil 1970 – peut-être le plus beau de tous – mais il y avait un mélange de cirque, de magie et de génie collectif dans cette action. Tel un jongleur de rue, Richarlison a fait rebondir le ballon sur son crâne à quatre reprises avant d’enclencher un jeu en triangle avec Marquinhos et Thiago Silva jusqu’à la finition parfaite (30e).

« J’espère que Pelé a apprécié le match »

A ce moment-là, ce n’était plus vraiment un huitième de finale avec un suspens et une dramaturgie, mais une réunion d’artistes à laquelle Vinicius a pris part, servant d’une louche Lucas Paqueta pour le quatrième but (36e). C’était le Brésil et ses fantasmes. Son maillot jaune, ses cinq étoiles, ses mythes fondateurs, son jogo bonito, cette façon de se présenter au monde plus beau que les autres. Mais en football, la magie est souvent une illusion. La naïveté coréenne a aidé, son refus de fermer le jeu aussi. « Lors de notre premier tour, nous avions affronté des équipes très regroupées derrière, ce n’était pas le cas avec la Corée et nous avons su en profiter », a reconnu le plus beau buteur du soir, Richalison.

Dès le prochain tour, le Brésil va taper dans le dur, dans le très concret avec le finaliste sortant, la Croatie, vainqueure du Japon aux tirs au but (1-1, 3-1 aux tirs au but). Vendredi, on imagine mal Tite, sélectionneur plutôt raide de sa personne, esquisser quelques pas de danse avec ses joueurs comme après le fameux but de Richarlison. Encore moins de sortir son gardien Alison Becker (pas complètement au chômage technique face à des Coréens entreprenants) pour offrir quelques minutes de Mondial à son troisième portier, le bien heureux Wewerton.

Pour l’instant, ce Brésil n’est que sourire et légèreté. Personne n’a songé à lui reprocher cette seconde période plus relâchée. La Seleçao a retrouvé l’essentiel ce lundi, un Neymar heureux, élu homme du match et rassuré par sa cheville blessée en début de tournoi contre la Serbie. « Quand je me suis blessé, j’ai passé une sale nuit, j’ai pensé à des millions de choses, j’ai eu peur de ne plus jouer cette Coupe du monde » , a-t-il avoué en conférence de presse.

Comme toujours, Neymar a aussi « remercié Dieu » et eu un mot de réconfort pour O Rei (le roi) : « J’espère que Pelé a apprécié le match. » S’il n’a pas éteint trop vite sa télé, peut-être a-t-il vu « Ney » et ses partenaires poser à la fin de la rencontre derrière une banderole avec cette photo légendaire de lui, ivre de bonheur dans les bras de Jairzinho après la victoire contre l’Italie lors de la finale de 1970 à Mexico. Ce jour-là, le Brésil était grand et magnifique. Celui de 2022 peut en prendre le chemin, renouer avec la victoire et le beau, mais il lui reste encore trois matchs pour le prouver.

Alexandre Pedro(Doha, envoyé spécial)