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Sénégal: «Foire du recyclage et du rafistolage» à Thiaroye

La récupération et la vente de bouteilles et sacs vides mobilisent des hommes et des femmes à Thiaroye. Dans cette « foire du recyclage et du rafistolage », les gains quotidiens varient entre 1500 et 5000 FCfa. Sur sa charrette, Ousmane Sèye s’arrête de maison en maison au quartier Lansar, en cette matinée du dimanche…

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Sénégal: «Foire du recyclage et du rafistolage» à Thiaroye

La récupération et la vente de bouteilles et sacs vides mobilisent des hommes et des femmes à Thiaroye. Dans cette « foire du recyclage et du rafistolage », les gains quotidiens varient entre 1500 et 5000 FCfa.

Sur sa charrette, Ousmane Sèye s’arrête de maison en maison au quartier Lansar, en cette matinée du dimanche 14 mars. Le vent frais et poussiéreux n’entame en rien sa détermination. Habillé en tee-shirt noir, lunettes rondes, il s’égosille pour alerter les riverains. « Je ramasse les bouteilles et sacs vides, les frigos, radios et télévisions en panne », répète-t-il d’un air comique qui incite les enfants à chantonner avec lui. Vendeuse d’huile au détail, Bakhaw répond favorablement à son appel. Le pas alerte et le visage illuminé par un sourire radieux, la dame se présente avec un sac rempli de bouteilles vides. Le contenu dépouillé, ils se mettent tous les deux à compter. Il s’agit de huit bouteilles de couleur blanche et jaune.

Pour cette marchandise, Ousmane propose 600 FCfa. Le sourire narquois, Bakhaw réclame 800 FCfa. Après quelques secondes de discussions dans la bonne humeur, la proposition du jeune charretier est validée. Ce système d’achat-vente est son business depuis deux ans. « J’achète les bouteilles de 20 litres à 75 ou 100 FCfa pour les revendre à 125 ou 135 FCfa », dit-il ; ce qui lui garantit des revenus quotidiens qui dépassent souvent 3000 FCfa. « Si je ne suis pas sollicité pour des courses, j’utilise ma charrette pour la recherche de bouteilles vides, sacs et autres objets usés. La revente me rapporte entre 3000 et 5000 FCfa », confie-t-il en poursuivant son chemin. Sa destination finale est le « market » (marché) de Thiaroye.

Ce carrefour des affaires est bruyant et grouillant en cette matinée du samedi 20 mars. Du beau monde. Des préoccupations et des matériaux divers. Courbée sous une tente, Aïssata Ba et Hamidou dépouillent trois sacs en plastique. C’est le fruit de trois jours de collecte. Les bouteilles sont immergées dans des bassines d’eau, des bols troués négligemment jetés dans un coin à côté des seaux en plastique. Assis sur un banc, Alassane Ba compte, puis plie les sacs de riz, de pomme de terre ou d’oignon. Divers acteurs pour recycler les objets indésirables dans les maisons. « Bols troués, bouteilles en verre ou en plastique, tout est collecté, rafistolé, puis vendu. D’honnêtes hommes et femmes y tirent leur épingle du jeu », dit Hamidou, le bonnet couvrant une partie de son visage et les mains rouges de poussière.

Pendant qu’Hamidou et son équipe font l’inventaire de 72 heures de collecte, Ousmane Baldé a reçu, lavé et s’apprête même à vendre 180 bouteilles de 20 litres. Ainsi, il s’est attaché les services de deux dockers. Muscles saillants, ces derniers chargent la marchandise à bord d’un taxi bagages. En blouson rouge et casquette noire sur la tête, Ousmane estime que ce business fait vivre plusieurs acteurs. « Charretiers, laveurs, dockers et revendeurs, tout le monde y gagne. Mille francs, 2000 ou 10 000 FCfa, peu importe la somme, l’essentiel est de gagner dignement sa vie », résume-t-il tout en rangeant des billets de 10 000 FCfa dans un portefeuille attaché à sa ceinture.

Fatou Gassama est l’exemple parfait de la diversité des acteurs dans cette « foire de la récupération ». Quatre bassines d’eau à côté, pagne retranché aux genoux, elle est à fond dans le lavage de plusieurs dizaines de bouteilles de 20 litres. La dame est rémunérée par les vendeurs de bouteilles. « Ce n’est pas beaucoup, mais nous rendons grâce à Dieu. Je récupère 15 à 25 FCfa par bouteille. C’est mieux que rien », dit-elle en riant, dévoilant une dentition toute blanche.

Abdou Salam Gaye coud, lui, des sacs. Plusieurs sont empilés sous ses yeux. Une collaboration est ainsi nouée avec pas mal d’acteurs économiques. « Nous n’avons pas des moyens conséquents, mais nous nous contentons du peu. L’essentiel est de se battre pour s’en sortir », avance-t-il, le visage heureux. Le bonheur n’est pas loin pour ces hommes et dames qui vivent du minimum acquis grâce à la récupération.

Demba DIENG

Huiliers et tapissiers, les grands partenaires

Après avoir récupéré, lavé et rafistolé des objets à recycler, ces hommes et femmes vont à la rencontre de leurs collaborateurs. Pour Ousmane Baldé, il s’agit de revendeurs d’huile de palme établis dans la banlieue. « À Thiaroye, Pikine et aux Parcelles assainies, je collabore avec des acteurs économiques qui achètent et revendent de l’huile de palme. Je leur livre, au minimum, 200 bouteilles par mois », informe-t-il.

Abdoulaye Mbengue a fait du recyclage de sacs vides son gagne-pain. Après avoir sollicité les tailleurs pour le rafistolage, l’homme de 48 ans fait le point avec ses partenaires qui sont tous des tapissiers. « Les sacs refaits sont vendus aux tapissiers qui les utilisent pour habiller des fauteuils. Actuellement, je collabore avec trois chefs d’atelier. L’unité est proposée à 125 FCfa », confie-t-il.

Riche de plus de 20 ans d’expérience, le vieux Daouda Thiaw collabore à la fois avec des commerçants et des acteurs de la tapisserie. Tous les 15 jours, il fait le point de sa marchandise avant de procéder à la livraison. « Actuellement, je travaille avec des vendeurs d’huile de palme établis au marché de Thiaroye. Je fournis également des sacs refaits à cinq ateliers de tapisserie pour la confection de fauteuils », explique-t-il. D. DIENG

DAOUDA THIAW, VENDEUR À DIAMAGUENE

Plus de 20 ans au cœur de l’activité

À plus de 70 ans, Daouda Thiaw vit du recyclage de bouteilles vides, de seaux et de sacs. Une activité qui lui rapporte, au minimum, 2500 FCfa par jour. Son dépôt, sis à Diamaguène, reçoit constamment des hommes et des femmes qui lui fournissent, à petit prix, ces articles.

L’âge n’est pas un handicap, encore moins un frein pour Daouda Thiaw. Dans sa tête, il est toujours jeune. Pourtant il a déjà soufflé 70 bougies. Le visage tracé de rides, il affiche une mine joyeuse devant deux dames venues avec deux seaux et 30 bouteilles. « Ne joue pas à la « baol-baol », débourse 2000 FCfa », s’adresse-t-il à l’une des clientes qui porte son bébé sur le dos. Sa moustache et ses cheveux poivre-sel témoignent de plusieurs décennies vécues. Malgré tout, il tient toujours. Ses jambes, encore solides, marchent sur les bouteilles et sacs en plastique sans trébucher. Originaire de Touba, où vit sa femme et ses enfants, Daouda tient son business à Diamaguène, dans la banlieue dakaroise, depuis plus de 20 ans.

Il se pointe, tous les matins, à son dépôt avec son budget qui lui permet d’acheter bouteilles, seaux et sacs à recycler. « J’achète les sacs de riz, d’oignon ou de pomme de terre vides à 75 FCfa pour les revendre à 125 ou 150 FCfa. Les bouteilles de 20 litres sont revendues à 150 ou 175 FCfa parfois », informe-t-il, tout sourire. Ce système peut lui garantir un bénéfice quotidien qui dépasse 2500 FCfa. « Je m’en sors très bien, Dieu merci », reconnaît-il, fuyant toute question relative à son chiffre d’affaires mensuel ou à son investissement dans d’autres secteurs. « Je ne suis pas du genre à exposer mes biens. Dieu merci, tout va bien par sa grâce », ajoute Daouda Thiaw.

Le culte du travail

Pour interroger le vieux Daouda sur son activité, il a fallu le supplier au nom de son guide religieux, Serigne Fallou Mbacké. « Pose tes questions, je ne peux plus te refuser cette interview », concède-t-il d’une voix enthousiaste, une photo de Cheikh Ibrahima Fall autour du cou. Cette ferveur mouride est perceptible partout. De Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké à son fils Serigne Saliou Mbacké, des portraits décorent son dépôt. Le Mouridisme, il le vit au point d’en faire une source de motivation. « Je travaillle tous les jours comme si c’était ma dernière journée de vie », dit-il, citant son guide religieux, le fondateur du Mouridisme.

Cette philosophie côtoie en lui une conviction selon laquelle l’être humain doit toujours entreprendre et vivre de sa sueur. « Tant que je serais capable de me déplacer et de bouger, mon seul et unique allié sera mon travail », jure-t-il, le doigt pointé vers le ciel. À plus de 70 ans, Daouda Thiaw veut s’offrir en exemple pour les plus jeunes. « Croyez en vous et allez de l’avant. Dieu est le Maître du monde. Soyez courageux et travailleurs. Et vous allez vivre heureux quelle que soit la somme gagnée », conseille-t-il. En ce moment, l’unique objectif de Daouda, c’est de vivre en bonne santé, garante de son activité économique. D. DIENG

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