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Religion

Sénégal: 40 ans après son interdiction

Le 18 septembre 1980, Serigne Abdou Lahad Mbacké, alors Khalife général des Mourides, interdisait l’usage et la vente du tabac dans le périmètre de Touba. Si fumer une cigarette est entré dans les habitudes dans beaucoup de localités du Sénégal, la cité religieuse, elle, fait de la résistance. Touba – Les activités vont bon train…

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Sénégal: 40 ans après son interdiction

Le 18 septembre 1980, Serigne Abdou Lahad Mbacké, alors Khalife général des Mourides, interdisait l’usage et la vente du tabac dans le périmètre de Touba. Si fumer une cigarette est entré dans les habitudes dans beaucoup de localités du Sénégal, la cité religieuse, elle, fait de la résistance.

Touba – Les activités vont bon train à Touba en cette matinée du 31 mai 2021, journée mondiale sans tabac. Ici, l’odeur de la cigarette ne pollue point l’atmosphère. Fumer est, dans cette cité religieuse, parmi les pratiques bannies depuis 40 ans à la faveur de l’interdiction de l’usage ou de la vente du tabac par le troisième Khalife général des Mourides, Serigne Abdou Lahad Mbacké. C’était le 18 septembre 1980. Ses successeurs se sont employés à faire respecter ses interdits. « Serigne Saliou Mbacké, le cinquième Khalife général des Mourides, avait donné l’autorisation, en 1997, à l’organisation Safinatoul Amane, d’interpeller toute personne qui violerait les recommandations dans la cité religieuse », renseigne Serigne Mouride Mbaye, chargé de la communication de cette organisation. Selon lui, les contrevenants, usant clandestinement du tabac, sont dénoncés à la police et obligés de payer une amende.

Cela fait plusieurs années que Babacar Sène n’a pas vu une personne griller une clope à Touba. « La journée mondiale sans tabac, c’est pour les autres », lance-t-il, sur un ton narquois. Pour Séllé Diaw, commerçant au marché Ocass, la journée mondiale sans tabac doit être un moment pour les habitants de Touba de rendre hommage à Serigne Abdou Lahad Mbacké. « C’est en de rares occasions que l’on sent l’odeur du tabac dans certains quartiers reculés, mais ici, au marché et aux alentours de la grande mosquée, vous ne verrez personne tirer sur une cigarette. Et cela fait 10 ans que je n’ai pas vu un fumeur à Touba. Je propose que l’État du Sénégal ferme les usines de fabrication de tabac ou arrête les importations », préconise le sexagénaire.

Au Rond-point 28, Tapha Lô, bonhomme de 20 ans, a une profonde aversion pour la cigarette et dit être préoccupé par l’usage précoce du tabac par beaucoup de jeunes. « L’interdiction de fumer à Touba, en plus de protéger les populations, préserve la sacralité de la cité religieuse. À Dakar, on voit des jeunes de moins de 15 ans fumer dans l’indifférence totale de leurs parents », déplore-t-il. Maniaw Cissé, menuisier métallique exerçant au quartier Khaira, est tout aussi reconnaissant à Serigne Abdou Lahad Mbacké pour avoir assumé sa responsabilité de guide : « J’ai cinq jeunes apprentis. Aucun d’entre eux ne fume. C’est sans doute le fruit de cette interdiction vieille de quatre décennies ».

Au-delà du tabac, la vente et la consommation de boissons alcoolisées, l’ivresse publique et clandestine, la vente, la détention et l’usage de drogues, les jeux de hasard, le « sabar » (tam-tam), le folklore… sont frappés de cet interdit qui fait de Touba une ville particulière.

Faire 7 km pour griller une clope

Il suffit de dépasser l’arche symbolique de la sortie vers la ville de Mbacké pour être en face des tabliers et boutiques vendant de la cigarette et du tabac noir roulé « poon ». L’endroit, qui sert de gare aux motos « Jakarta », est aussi un « fumoir ». On s’en donne à cœur joie. Serigne Mor Seck ne se prive pas. Cet habitant de Touba, la quarantaine, descend d’un véhicule de transport servant l’axe Touba-Mbacké et se précipite sur une vendeuse de cigarettes. Il s’empresse d’en griller une pour se « sentir vivre à nouveau ». Sa journée peut commencer. « J’habite à Touba, mais c’est ici que je me ravitaille. Et chaque jour, je fais le voyage pour éviter des maux de tête. Le contrôle est de plus en plus strict à Touba. En plus de Safinatoul Amane, il y a, aujourd’hui, Khoudamoul Khadim qui veille au grain. Pour échapper au contrôle, je viens à Mbacké », confie-t-il, puant le tabac, les lèvres noircies. Il fume depuis son jeune âge. Ce plaisir « vaut bien de faire 7 km de route » tous les jours.

Mbacké, le « fumoir »

À Mbacké, les boutiquiers sénégalais vendent du tabac. Mais ils ne sont pas seuls. Les femmes de la communauté maure s’y activent également. Du carrefour au centre-ville en passant par le Cinéma monde, elles sont devant leurs tables écoulant tranquillement leur produit, particulièrement le tabac noir roulé et un peu la cigarette, des bonbons à la menthe, de la noix de cola, des pipes, bref tout l’arsenal du fumeur. On les assaille. Maye Touré, 30 ans, assise devant sa table, révèle que sa recette journalière est comprise entre 4.000 et 5.000 FCfa. Mais, lors du grand Magal, la demande est supérieure à l’offre et je gagne beaucoup d’argent. La journée mondiale sans tabac n’impacte point mes revenus. D’ailleurs, ici, personne ne semble être au courant ». Il y a à peine 48 heures, le Khalife de Darou Mouhty a prononcé une interdiction similaire à celle de Touba sur l’usage et la vente de tabac. En attendant, à Mbacké, on grille la clope tranquillement.

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