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Politique

Besoin de régulation ou désir de censure ?

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« La magie du clic fera face à la toute-puissance du fric et du flic ». Ainsi parlait avec beaucoup de poéticité l’opposant Macky Sall en 2011. Depuis le mois  de mars dernier, le président de  la République, qui a sans doute pu déceler le rôle joué par les réseaux sociaux lors des manifestations, a engagé une croisade contre ces derniers. Lors du conseil présidentiel  sur  l’emploi  des jeunes, tout comme pendant les sorties ultérieures, le Chef de l’Etat a annoncé que le Sénégal  ira vers la régulation de ces plateformes sociales dans le souci de préserver la paix sociale. Cependant ce besoin annoncé de sauvegarde de la cohésion cache mal la volonté des autorités de censurer l’opinion d’une certaine jeunesse naturellement « rebelle ».

Il est de notoriété que les réseaux sociaux sont devenus aujourd’hui un incontournable outil pour tous les acteurs politiques, les tenants du pouvoir qui veulent le garder tout comme les prétendants à la magistrature suprême. Ces plateformes nouvelles ont en effet décomplexé la communication démocratisé la prise de parole publique, et facilité l’accès à la bonne information. Cependant, il n’y a pas que du bien, et cela tous les usagers en sont conscients. En vérité, il n’y a à ce jour aucun filtrage possible entre ce qui sert et ce qui dessert, dans la panoplie de choses que nous proposent les médias sociaux. Leur accessibilité et leur influence majeure dans les prises de décisions, au niveau national et international, ont fini par installer la crainte chez les dirigeants du monde.  Si les pays démocratiquement avancés essaient de s’adapter et faire face à ses maux de façon civilisée, les autres, à leur tête des hommes qui se veulent forts, tentent d’en contrôler l’usage pour ne pas perdre le pouvoir.

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Iran, Egypte, Tunisie: des cas d’école

En 2010, lors du soulèvement généralisé dans les pays arabes, Internet avait joué un rôle primordial dans la mobilisation des peuples, et dans la multiplication des fronts sociaux et politiques. Cette série de contestations, connue sous le vocable de « printemps arabe », doit sa réussite au concours  des réseaux sociaux qui ont  rendu possible la mobilisation et la coordination des manifestants sur tous les territoires nationaux. L’expérience avait déjà été lancée en 2009 lors des protestations contre la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad. Twitter y avait été alors déterminant, au point que  certains n’ont pas hésité de parler de « Révolution Twitter ».

Ce recours aux réseaux sociaux, sans grands frais et au succès plus garanti, va donner des idées aux contestataires dans les pays du Maghreb. En Egypte, la chute du président Moubarak a été précipitée par l’assassinat du bloggeur Khaled Saïd, en juin 2010. En Tunisie, malgré la censure et l’intolérance absolue de la contestation, les plateformes technologiques ont donné du fil à retordre aux tenants du régime. Conscient de l’effet boomerang de toute interdiction des plateformes digitales, l’Etat tunisien autorise l’utilisation de Facebook après l’immolation de Mohammed Bouazizi, qui finira par installer le chaos dans tout le pays et renverser le régime de Ben Ali.

Réguler pour ne pas avoi à reculer à nouveau

Au Sénégal, l’année 2011 a été aussi riche en contestations. Les évènements du 23 juin, même s’ils n’ont duré que le temps d’une journée, étaient inédites et dépassaient en ampleur et violence la contestation générale et longue de mai 1968. Là aussi, les réseaux sociaux ont permis aux jeunes de se mobiliser e d’assurer une coordination de leurs plans d’action. Même si l’usage des plateformes technologiques n’avait pas connu l’audience qu’elles enregistrent aujourd’hui, il faut reconnaitre que Facebook et les autres réseaux ont largement contribué à la mobilisation. Cela a conduit le président de la République d’alors, Me Abdoulaye Wade, à reculer et jeter aux oubliettes son projet de dévolution monarchique du pouvoir.

Le président Macky Sall, situé en ce temps là du côté des contestataires, ne perd pas de vue que les réseaux sociaux ont participé à la chute de Wade. Il sait, encore plus aujourd’hui, que lesdits médias ont une force de frappe plus grande que les médias classiques. D’ailleurs, ce n’était pas pour rien que l’ancien président américain, Donald Trump, avait fait de Twitter sa plateforme de communication préférée au lieu des médias. La colère du président nigérian Bouhari, contre le même réseau social qui avait supprimé une de ses publications récemment, au point de le suspendre de son pays, prouve clairement que l’usage des médias sociaux est loin d’être un jeu. Cette prise de conscience du rôle de ces nouvelles plateformes justifie le comportement des autorités politiques qui veulent, sinon en prendre le contrôle, les réguler au maximum. Comme le président Erdogan, ils peuvent penser que « les pires mensonges s’y trouvent » et que « les réseaux sociaux sont la pire menace de la société ».

Besoin de réguler ou désir de censure?

Les manifestations du mois de mars dernier doivent leur franc succès aux réseaux sociaux qui ont constitué les principaux relayeurs de l’information. En face des médias classiques qui ont joué leur partition, en se limitant à donner l’information, les réseaux comme Facebook et Twitter notamment, ont donné un coup de pouce à  la communication-propagande des contestataires. Très suivi sur ces plateformes- ces détracteurs l’appelaient « Président des réseaux sociaux lors de la campagne de 2019- le leader de Pastef, Ousmane Sonko, a su faire adhérer à son combat toute une frange de la population. Il n’avait pas besoin de payer des temps d’antenne, il a su profiter de sa page Facebook, pour communiquer avec le peuple, et faire capoter les décisions de l’autorité policière et judiciaire, d’abord le 8 février puis pendant la période du 3 au 8 mars dernier.

Sans risque d’exagérer, Ousmane Sonko est le leader politique sénégalais le plus suivi sur les réseaux sociaux et  lui enlever ce moyen de communication qu’il privilégie, à l’image d’un certain Donald Trump, serait réduire considérablement sa popularité. Le 1er mai dernier, le président Sall avait déclaré, devant les centrales syndicales, sa ferme volonté de lutter contre les dérives sur les plateformes technologiques en question. Selon lui, « le gouvernement a engagé une réflexion sur la régulation du secteur des médias sociaux et un texte est presque prêt. Nous allons le partager avec vous. On ne peut pas laisser continuer, ce qui se passe dans notre pays dans ce domaine. Ce n’est pas possible. Du coup, le texte sera aussi en concertation avec les professionnels pour certainement améliorer la régulation qui est aujourd’hui très faible et pour pouvoir tout à fait consacrer la liberté d’opinion, d’expression mais dans le respect de la dignité de chaque citoyen« .

Ce besoin de réguler l’espace des médias sociaux a  été affirmé en conseil de ministre et des directives données au patron du département concerné. Le 3 mars dernier, Yankhoba Diattara, révélait  les injonctions du chef de l’Etat sur la question: « La question de la régulation des réseaux sociaux est une préoccupation majeure du chef de l’Etat. Il nous a instruit, tout le gouvernement, de travailler à trouver une formule pour une régulation responsable des réseaux sociaux« . Cependant des questions légitimes vont être posées si l’on sait que beaucoup d’activistes sénégalais ont séjourné en prison à cause d’un petit commentaire hostile  au gouvernement.  S’il est vrai que  l’espace des réseaux sociaux doit être assaini et mieux organisé, il n’en demeure pas moins qu’on doive respecter la liberté d’opinion des uns et des autres. Il ne faut absolument pas que la régulation des réseaux sociaux laisse libre cours à la censure ou bien à l’emprisonnement des personnes qui ne partagent pas la politique de l’Etat et entendent la dénoncer.

Par Ababacar Gaye/SeneNews

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