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Politique

Doumbouya nomme la soeur du « chauffeur » d’Alpha Condé, ministre de…

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Une partie du nouveau gouvernement a été dévoilée jeudi soir. Le président de la transition, qui a renversé Alpha Condé le 5 septembre dernier, place ses proches à plusieurs ministères clés.

Une partie de l’équipe du Premier ministre guinéen, Mohamed Béavogui, nommé le 6 octobre dernier, a été dévoilée jeudi. Selon un décret lu à la Radio télévision guinéenne, deux postes ont été attribués à des militaires jugés proches de Mamadi Doumbouya : celui de ministre délégué chargé de la Défense nationale va au général à la retraite Aboubacar Sidiki Camara dit « Idi Amin » ; celui de ministre délégué à la Sécurité et à la Protection civile revient au général Bachir Diallo.

Le portefeuille de l’Environnement a quant à lui été assigné à Louopou Lamah, ancienne directrice nationale du commerce extérieur et de la compétitivité. Abdourahmane Sikhé Camara a été lui nommé secrétaire général du gouvernement avec rang de ministre.

Ce sont donc deux militaires expérimentés qui ont été nommés aux ministères régaliens de la Défense et de la Sécurité. Le général Idi Amin, pressenti à la Défense depuis plusieurs semaines, était rentré de Cuba où il occupait le poste d’ambassadeur une dizaine de jours après le coup d’État. En dépit de ce que confiait récemment son entourage, qui assurait qu’il se préparait à quitter la Guinée, le général est donc propulsé à un poste clé du gouvernement de transition.

Les militaires aux manettes
Ce proche de Mamadi Doumbouya, éminemment respecté au sein de l’armée guinéenne, a été secrétaire permanent du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) en 2008, puis secrétaire général du ministre de la Défense à l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir. Il sera finalement mis à l’écart par le Président, de même que plusieurs généraux dont la montée en puissance était alors jugée inquiétante. Tous seront nommés ambassadeurs à l’étranger.

Idi Amin est aussi un proche du général Bachir Diallo, son promotionnaire, nommé à la Sécurité. Formé en Guinée, il est passé par l’École militaire interarmes (EMIA) en France et fut également formateur à l’École de maintien de la paix de Bamako. Selon nos informations, cet officier d’infanterie, ancien attaché de défense au Canada, entretenait des relations tendues avec l’ancien ministre de la Défense, Mohamed Diané, homme de confiance d’Alpha Condé. Nommé à Alger, lui aussi est rentré rapidement après le coup d’État du 5 septembre.

Louopou Lamah, jeune économiste de 42 ans, rejoint elle aussi le gouvernement de Mohamed Béavogui. Membre de la fonction publique depuis 2005, elle débute au sein du ministère du Commerce avant de travailler pour plusieurs organisations internationales de 2006 à 2008.

L’ancienne directrice nationale du commerce extérieur et de la compétitivité, réputée pour son caractère affirmé, est décrite comme « compétente et très réactive » par un responsable politique qui l’a côtoyée. Elle fut notamment désignée pour représenter la Guinée lors des négociations ayant abouti à la création de la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).

Elle est aussi, selon nos informations, la grande sœur de Michel Lamah. Ce membre des forces spéciales dirigées par Mamadi Doumbouya, associées au groupement des militaires qui avait renversé Alpha Condé, s’était fait connaître comme le « chauffeur » d’Alpha Condé pour l’avoir conduit à travers Conakry lors de son arrestation. Juriste reconnu, Abdourahmane Sikhé Camara hérite quant à lui du poste de Secrétaire général du gouvernement avec rang de ministre. Ancien secrétaire général du Conseil national de transition, il est le fils de l’ancien ministre de la Justice de Sekou Touré, Sikhé Camara. Il est également le frère de la directrice de l’hôpital de Donko, Fatou Sikhé Camara, et du directeur national adjoint de la décentralisation, au ministère de l’Administration territoriale.

Mamadi Doumbouya attendu au tournant
Après quelques rares nominations, comme le colonel Amara Camara au poste de secrétaire général de la présidence, ou, plus récemment, le colonel Moussa Camara au poste de directeur des douanes, Mamadi Doumbouya continue donc de former ses équipes et de consolider son pouvoir.

Le reste du gouvernement, tout comme la composition complète du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) ou le Conseil national de la transition (CNT ), sera-t-il bientôt connu ? « En voulant à tout prix éviter de recycler d’anciens dignitaires du régime, le CNRD se retrouve un peu coincé, observe un responsable du gouvernement précédent, car il ne peut pas non plus nommer des personnes inexpérimentées. D’autant plus qu’ils font le maximum pour répartir équitablement les postes en fonction de l’appartenance ethnique des responsables. »

Un travail d’équilibriste compliqué, qui expliquerait en partie le délai pris par le CNRD. « Ils sont peu, dans l’entourage de Doumbouya, à avoir une expérience dans l’administration, ajoute notre interlocuteur. Mais il serait naïf de penser que le président de la transition ferait autrement que de s’entourer un maximum de ses proches. Le gouvernement qui s’annonce sera choisi par les militaires. »

Le 12 octobre dernier, le colonel Doumbouya avait déjà mis à la retraite plus de 40 généraux de l’armée. Il a écarté des proches d’Alpha Condé, pour les remplacer par des hommes qui lui sont loyaux.